Boxer Club de France

LA SPONDYLOSE

 

 Le B. C. F. remercie Sophie PALIERNE pour son exposé sur la SPONDYLOSE

Mühleback et Freudiger ont réalisé en 1973, une étude sur 324 boxers .Ils ont obtenu 92,4% de chiens
présentant des signes de spondylose à des degrés différents. L'apparition des symptômes a lieu pour
certains , dès 9 mois , et tous les chiens de plus de 4 ans sont atteints .Quelle est donc cette
affection qui semble toucher préférentiellement nos boxers?Avant de répondre, il convient de
s'intéresser à l'anatomie vertébrale du chien.

 

ANATOMIE:

*  Le squelette axial du chien comprend:
-  7 vertèbres cervicales:C1 à C7
-13 vertèbres thoraciques :Th1 à Th13
-  7 vertèbres lombaires:L1 àL7
-  3 vertèbres sacrées: S1 à S3
-  Les vertèbres coccygiennes sont en nombre variable .
*  Une vertèbre est constituée d'un arc et d'un corps vertébral.(cf. fig.1 et 2)

 
-  L'arc vertébral est composé de l'apophyse épineuse, dorsalement, et des pédicules vertébraux , latéralement .Sur ceux-ci s'implantent les apophyses articulaires crâniales et caudales, qui permettent l'articulation entre deux vertèbres. Au centre de l'arc se trouve le canal vertébral contenant la moelle épinière.
 
-  Le corps vertébral est un massif osseux qui porte, latéralement , les apophyses transverses, sur lesquelles s'insèrent les muscles du cou ou du tronc, suivant le segment vertébral. Il est relié au corps vertébral adjacent, part l'intermédiaire du disque intervertébral. *Ce disque est constitué d'un noyau pulpeux, au rôle amortissant, entouré d'un anneau fibreux solidement ancré dans les deux corps vertébraux qu'il unit. *La stabilité de la colonne vertébrale est assurée par ce disque, qui constitue une véritable articulation ,mais aussi par les ligaments longitudinaux dorsal et ventral.(cf. fig.3)
   
 

Fig.1: Coupe transversale d'une vertèbre.

 

 

 

 

Une vertèbre est constituée d'un arc et d'un corps vertébral.

 

 

 

 

 

 

 

Fig.2: Vue de profil de la colonne vertébrale.

 

Fig.3: Les ligaments de la colonne vertébrale.


                                                 Après ces données anatomiques , intéressons-nous
                                                                                                                         à la spondylose.

 

 

DEFINITION:
* On trouve de nombreuses dénominations , plus ou moins dérivées de la médecine humaine, pour la qualifier, comme spondylarthrose déformante, spondylarthrite ankylosante, ou encore hyperostose ankylosante...et c'est finalement HANSEN qui introduit en 1952 le terme de spondylose, qui restera dans la littérature vétérinaire, le terme officiel. *en 1967,MORGAN en donne la définition suivante: la spondylose est une affection de la colonne vertébrale, caractérisée par la présence d'osteophytes au niveau des espaces intervertébraux, et par une dégénerescence de l'anneau fibreux du disque intervertébral. *Un osteophyte est une production osseuse exubérante, qui se développe au cours de l'arthrose, à la périphérie des surfaces articulaires

EPIDEMIOLOGIE:
* Cette affection est décrite chez l'homme, le chien, et le chat. Chez le chien ,elle touche préférentiellement les grandes races, surtout de travail ou de sport :berger allemand, doberman, labrador, et tout particulièrement le boxer. *Elle touche généralement les chiens d'âge moyen voire âgés, mais on peut la rencontrer sur des chiens de moins de deux ans. *La localisation sur le rachis peut être isolée à un espace, ou sur des sites multiples. Les zones les plus souvent atteintes sont, la jonction thoracolombaire (Th 12-L3) et la jonction lombosacrée (L7-S1).Ces deux jonctions encaissent beaucoup de contraintes, ce qui suggère l'influence de phénomènes mécaniques et dynamiques, dans l'étiologie de cette affection.

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PATHOGENIE:
*La pathogénie de la spondylose n'est pas complètement élucidée. Toutefois, le point de départ serait une instabilité entre deux vertèbres, accompagnant une dégénérescence du disque intervertébral. Cette dégénérescence est caractérisée par une perte des capacités d'amortissement du noyau pulpeux et d'une modification des propriétés mécaniques de l'anneau fibreux. De façon chronique, il se produit alors des micromouvements entre ces deux vertèbres ,qui provoquent une réaction inflammatoire du ligament longitudinal ventral et la formation d'ostéophytes. En étant finaliste, on peut considérer que l'organisme fabrique de l'os, afin de ponter l'articulation et limiter les mouvements anormaux!

DIAGNOSTIC:
*Le diagnostic est avant tout radiologique. Il suffit de prendre un cliché de profil de la colonne vertébrale;parfois la radiographie de face est également indiquée. Simple et rapide , elle est réalisée sans anesthésie, et permet de savoir immédiatement si le chien est atteint , ainsi que son stade. MORGAN a classé les degrés de spondylose en 5 stades, selon la forme et la taille des ostéophytes

CLINIQUE:
*Dans la majorité des cas, la spondylose est asymptômatique. Les ostéophytes et la réaction inflammatoire se développent lentement et ne provoquent pas de douleur .La découverte est alors fortuite, lors d'un examen radiologique pour d'autres raisons( recherche de dysplasie ,diagnostic de gestation...) *Dans certains cas, elle se caractérise par des poussées successives, analogues aux crises d'arthrose, pendant lesquelles le chien possède une démarche raide, se tient avec le dos voussé et le poil de l'épine dorsale rebroussé, ce qui témoigne de la douleur. Lors de ces crises , le chien répugne à sauter, à monter les escaliers ou dans la voiture. Ces phases douloureuses persistent en général, tant que les vertèbres ne sont pas soudées. En effet, une fois les espaces totalement pontés, la spondylose devient asymptomatique. *A côté de ce tableau clinique d'évolution chronique, il est décrit une symptômatologie aiguë ,dans les stades avancés, lors de fractures de ponts osseux complets. Les fragments peuvent en effet ,comprimer la moëlle épinière ou les racines nerveuses, qui en proviennent. Ce cas est fort heureusement RARISSIME!

 

 

Stade1:
L'articulation est normale, sans ostéophytes, ni réaction du ligament longitudinal ventral.

Stade 2:
Le ligament longitudinal ventral est légèrement hypertrophié et de petits ostéophytes , ne dépassant pas la limite du corps vertébral , se forment aux marges de l'articulation .
Stade 3:
Le ligament longitudinal ventral est épaissi, et les ostéophytes sont plus volumineux.
Stade 4:
Les ostéophytes forment presque un pont , mais ne sont pas complètement soudés. Le ligament est très épaissi.
Stade 5:
Il s'est formé un pont complet, ventralement à l'espace intervertébral.
 

 

Fig. 4: Vertèbres lombaires normales (stade 1)
 
Fig.5: Articulation lombosacrée normale (stade 1)
 

 

Fig.6: Spondylose et hernie discale Th13-L1
(stade 2 et stade 3).
 
Fig.7: Spondylose incomplète (stade 4 et stade 5)
 

 

Fig.8: Spondylose complète avec fracture d'ostéophyte


CONSEQUENCES ET PATHOLOGIES ASSOCIEES:

La spondylose peut ainsi passer pour une affection assez insignifiante et bénigne, pourtant, il ne faut pas la prendre à la légère!

* La spondylose peut être, en effet, associée à d'autres anomalies vertébrales, notamment au niveau de l'articulation lombosacrée. Parmi elles, on trouve le rétrécissement du canal vertébral, par hypertrophie des apophyses articulaires L7-S1 ou l'existence d'une bascule anormale entre L7-S1.On peut également rencontrer, une soudure entre L7 et S1,décalant la zone charnière à l'articulation L6-L7; on parle alors de " sacralisation de L7 ".Toutes ces anomalies entraînent une perturbation de la mécanique articulaire, et une instabilité vertébrale, conduisant à la formation d'arthrose; elles entrent donc dans le syndrome de la queue de cheval. La queue de cheval est le nom donné à la portion terminale de la moelle épinière, constituée de racines nerveuses importantes, qui commandent les muscles des membres postérieurs ainsi que les sphincters vésical et anal. Dans certains cas, les ostéophytes ou les anomalies anatomiques des vertèbres, compriment ou irritent les nerfs de la queue de cheval et provoquent des troubles. Les signes cliniques sont variés. Ils peuvent toucher les membres postérieurs (raideur de la démarche, boiterie, fonte musculaire et faiblesse de l'arrière- train, incoordination motrice...), mais aussi la sphère urinaire (difficulté pour uriner, incontinence, mictions répétées ), ou encore la sphère digestive (incontinence fécale, anus béant).

* La spondylose peut également être la cause de claudication neurogène , chez nos boxers à forte activité. Cette affection est caractérisée par une boiterie aiguë lors d'un exercice soutenu (randonnée, endurance, travail), qui rétrocède complètement, au bout d'une ou deux heures de repos. Elle réapparaît à chaque reprise d'exercice. Ce phénomène s'explique par le fait que dans les spondyloses avancées, les ostéophytes se développent ventralement, mais aussi latéralement, autour des foramens intervertébraux, d'où sortent les nerfs rachidiens et les vaisseaux sanguins (cf.Fig.2).Les ostéophytes réduisent alors l'espace offert au faisceau vasculo-nerveux. Lors d'un effort, l'apport sanguin de la moelle épinière est augmenté, donc les vaisseaux se dilatent et compriment les nerfs. Cette compression provoque une douleur vive, et une boiterie du ou des membres. Lors du repos, la vasodilatation diminue, les nerfs ne sont alors plus comprimés et la douleur disparaît.

* Par le pontage vertébral, résultant de la spondylose, la colonne vertébrale perd ses propriétés mécaniques d'amortissement des forces .Lors de sauts ou de déplacements, les contraintes sont transmises, et c'est l'articulation coxo-fémorale qui encaisse toutes les sollicitations. Ainsi, un chien atteint de spondylose, risque, un jour ou l'autre, de souffrir de ses hanches ou d'aggraver son stade radiographique de dysplasie coxo-fémorale. Une équipe de chercheurs norvégiens ont travaillé sur la spondylose; ils ont montré, dans une étude portant sur 402 boxers, l'existence d'une corrélation phénotypique entre la dysplasie de la hanche et la spondylose. Même si une corrélation phénotypique ne vaut pas une corrélation génétique, il est probable que la sélection contre la dysplasie ait un effet favorable sur la sélection contre la spondylose et réciproquement.

* Lors de pontage incomplet, les espaces normaux sont les seuls à être sollicités. Il y a donc une concentration des contraintes sur ces articulations, qui provoque une fatigue des éléments de contention (disque intervertébral, ligament longitudinal) et une densification de l'os sous-chondral sur les corps vertébraux considérés.(cf. Fig.7) Cela constitue un facteur de risque de hernie discale. Lorsque l'anneau fibreux du disque intervertébral se rompt, le noyau pulpeux est expulsé dans le canal vertébral et peut entraîner une paralysie.

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LA SPONDYLOSE EN PRATIQUE:

Que faire si mon chien est atteint de spondylose?

cas: La découverte est fortuite, lors d'un examen radiologique pour une autre raison. Le chien ne présente aucun signe clinique. Il suffit de le surveiller, notamment après l'effort, pour dépister, le plus tôt possible, une éventuelle raideur de la démarche ou une douleur. Nul n'est besoin de restreindre son activité, si ce n'est le saut, qui sollicite davantage les articulations.

cas: Le chien présente des signes cliniques après un exercice soutenu, sa démarche est raide, il se tient voussé, répugne à monter dans la voiture ou sur le canapé!! A fortiori si ce phénomène se répète, il faut consulter un vétérinaire afin de faire un bilan complet locomoteur et neurologique, ainsi q'une radiographie de profil du rachis. S'il s'agit d'une spondylose, on donnera un traitement anti-inflammatoire et antalgique, pour faire passer la crise, et on raisonnera l'activité du chien.

cas: Le chien a une spondylose, et fait des crises régulièrement, traitées par des anti-inflammatoires. Or les crises se font de plus en plus fréquentes et répondent moins bien au traitement. Son état locomoteur s'aggrave avec une incoordination motrice des postérieurs. Il convient alors de consulter un vétérinaire pour faire un bilan neurologique complet et éventuellement une myélographie. La myélographie consiste à faire une radiographie de la colonne vertébrale, après injection d'un produit iodé dans le canal médullaire, afin de dessiner les contours de la moelle épinière, qui par nature n'est pas visible à la radiographie. Cet examen permet donc de visualiser une compression de la moelle, par une hernie discale ou une hypertrophie ligamentaire. Selon le résultat , on pourra peut-être proposer un traitement chirurgical de décompression ou de stabilisation du rachis.

N.B: Au sujet des anti-inflammatoires, je tiens à insister sur le fait qu'il ne faut surtout pas faire d'anthropomorphisme. En effet , le paracétamol, l'ibuprofène et autres molécules très utilisées chez l'homme sont à proscrire chez le chien. Elles peuvent provoquer, dès les premières administrations, des troubles gastro-intestinaux gravissimes ,allant jusqu'à l'ulcère perforant ! Il existe des molécules bien tolérées, spécifiques, qui permettent des traitements de longue durée bien plus adaptés.

Dois-je donner un régime alimentaire particulier à mon chien s'il présente un spondylose?

Il n'y a pas de régime particulier à suivre, si ce n'est simplement de faire attention à l'embonpoint. La surcharge pondérale, comme pour un dysplasique, est mal supportée par un chien à spondylose, car elle intensifie les sollicitations des articulations atteintes.

La spondylose est-elle héréditaire?

Malheureusement, aucune certitude n'existe sur ce point. Toutefois, la prédisposition très marquée qui touche le boxer, permet de supposer l'existence d'un facteur héréditaire. Une équipe de chercheurs norvégiens a réalisé une étude sur 400 boxers inscrits au Norwegian Kennel Club. Ils ont montré qu'il existe une prédisposition génétique pour la spondylose, dans la race boxer. Ils estiment l'héritabilité de la spondylose à 0,42 ou 0,62 selon le mode d'estimation utilisé. Dans un modèle polygénétique (comme celui de la dysplasie de la hanche ) on considère que le phénotype observé résulte de facteurs génétiques et de facteurs environnementaux. Lorsque l'héritabilité est élevée,on considère que les facteurs génétiques jouent le rôle majeur ,et donc que la sélection entraîne un progrès génétique rapide par rapport aux caractères à faible héritabilité. On peut alors se baser sur une sélection phénotypique pour ces types de caractère. Il est donc conseillé, par cette équipe norvégienne, de prendre en compte la spondylose dans la choix des reproducteurs. Il est utopique d'écarter de l'élevage les chiens porteurs de spondylose; devant la difficulté et l'étendue de la sélection (morphologie, caractère, dysplasie, ectopie testiculaire, cardiopathie, couleurs...) cela nous conduirait à réduire dangereusement l'effectif de la race, mais il est bon de la prendre en compte pour guider nos choix.


REMERCIEMENTS:
Je tiens à remercier le service de pathologie chirurgicale du professeur A. AUTEFAGE (E.N.V.T), pour la mise à disposition de la banque d'images radiographiques et le soutien technique qu'il m'a offerts pour la réalisation de cet article.

BIBLIOGRAPHIE:
DUHAUTOIS B.,BARREAU P.(1991) Le syndrome de la queue-de-cheval (I et II ) PMCAC, 26 (2) et (5).
HANSEN HJ. (1952) A pathologic anatomical study on disc degeneration in the dog.Acta orthop.scand. suppl . 11.
LANGELAND M. LINGAAS F. (1995) Spondylosis deformans in the boxer:estimates of heritability Journal of Small Animal Practice 36.
MORGAN JP.(1967) Spondylosis deformans in the dog: its radiographic appearance J.Am.Vet.Radiol.Soc. 8,17.
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MUHLEBACH R. FREUDIGER U.(1972) Radiological studies on the types of spondylosis in the german boxer Schweiz Arch Tierheilkd Dec;115(12).
WRIGHT J.A. A study of vertebral ostéophyte formation in the canine spine.I. Spinal survey (1982)J. Sm. An. Practice 23
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